Quatrième de
couverture : Cette année-là, trois caravelles rencontrent un
continent ; s’effondre le dernier royaume islamique d’Europe ; les
Juifs sont expulsés d’Espagne ; un Borgia est élu pape ; meurent
Laurent le Magnifique, Piero della Francesca, Casimir IV, roi de Pologne, Ali
Ber, roi du Songhaï ; la Bretagne devient française, la Bourgogne
disparaît ; l’Angleterre renonce au continent et se tournera vers les
colonies ; débarquent en Europe le chocolat, le tabac, le maïs, la pomme
de terre ; en Amérique arrivent la roue, le cheval et la variole ;
Martin Behaïm construit à Nuremberg la première
sphère terrestre ; on publie à Ferrare le premier plan d’urbanisme ;
on émet à Gênes la première lire ; le professeur Antonio de Nebrija fait paraître à Salamanque la première grammaire en
langue vulgaire ; à Genève apparaît la syphilis ; au Vatican, on
tente peut-être la première transfusion sanguine, en tout cas à Milan les
premières dissections ; en Italie, on imprime pour la première fois le traité
d’harmonie musicale de Boèce ; à Mayence, Middleburg
prophétise la Réforme et annonce Luther ; en Espagne, on représente la
première pièce de théâtre sur une scène fermée.
Cette année-là, Anvers supplante Venise au cœur de
l’économie-monde ; l’Europe se tourne vers l’Atlantique, oubliant l’Est et
son passé oriental, la Méditerranée et sa composante islamique. Elle se rêve
pure, romaine et non plus jérusalmite. Se forge ce
qui deviendra tantôt le rationalisme, tantôt le protestantisme ; s’inventent
la démocratie et la classe ouvrière. On fait le projet d’un Homme nouveau.
Commence à s’écrire l’Histoire telle que les nouveaux maîtres la raconteront
pour leur plus grande gloire, vantant leur passion de la raison, l’audace de
leurs découvertes, leur goût de la vérité, leurs rêves de monuments et de
musique.
J’ai voulu comprendre ici cette catastrophe – comme disent certains mathématiciens -, cette bifurcation – comme disent des
physiciens -, ce rendez-vous, comme
pourrait dire, plus simplement et sans doute mieux, le commun des mortels.