Résumé : « Un nouveau Clausewitz »,
« le dernier des Metternich », ainsi désigne-t-on souvent Henry Kissinger.
De Metternich, Kissinger a sûrement retenu cette maxime : « je ne suis pas un
poète, je suis un prosateur. »
Le plus proche
collaborateur du président Nixon se trouvait au coeur de tous les imbroglios
diplomatiques et politiques de notre temps. Il a eu le privilège de contacts au
plus haut niveau (Chou En-laï, Mao, Brejnev, De Gaulle, Pompidou, Indira
Gandhi, Golda Meir, Paul VI, Brandt...) aux moments brûlants de l'actualité en
Europe, en URSS, en Chine, au Moyen-Orient, en Amérique latine.
L'impact de
Kissinger repose sur sa profonde connaissance des règles du jeu diplomatique,
qu'il élève au niveau d'un grand art, et de celles de la politique. Son
aventure personnelle se confond avec l'histoire des conflits et des crises,
nombreuses, auxquelles il a été mêlé. La terrible logique nucléaire l'a amené à
élaborer la « doctrine Kissinger » (équilibre des forces, liaison des problèmes).
Kissinger dit lui-même : « des deux côtés de l'Atlantique, on ferait bien de
garder en mémoire qu'il a deux sortes de réalistes, ceux qui se servent des
faits et ceux qui les créent. Il n'y a rien dont l'Occident ait besoin que
d'hommes capables de créer leur propre réalité. » Tout son effort vise à
parvenir à un certain ordre du monde. Pour cela, « il a le génie qui consiste à
dire à chaque interlocuteur ce que celui-ci veut entendre, et pourtant, à ne
mentir à personne, à manier son terme, sans faiblesse, sans violence, le bâton
et la carotte, à saisir l'instant propice où les circonstances rendent possible
ce qui était impossible la veille et le sera à nouveau demain. » (Raymond Aron)