Quatrième de
couverture : « J’ai mené une vie de chien, voilà le sûr. Je dis
une vie de chien, non pas une chienne de vie – je ne regrette pas de l’avoir
menée, mais elle a vraiment trop servi, trop souffert, il a trop plu dedans, il
est inutile de la fermer à clé, j’ai bien le droit d’y laisser entrer les
passants, il n’y reste pas un prestige à casser. » Ainsi se confesse
Georges Bernanos, à cinquante et un ans…
Cet homme « à l’allure un peu démente », comme
le décrivait Mauriac, fut en toutes choses un opposant, un passionné d’absolu.
Il adhéra aux thèses de Maurras, avant de lutter contre lui. Il applaudit
Franco en 1936, avant de le combattre. Il fut sincèrement antisémite et
violemment antinazi. Il soutint de Gaulle pendant l’Occupation, et s’en éloigna…
en 1945.
Il était donc ce « gêneur », cet insurgé.
Polémiste cruel, pamphlétaire, Bernanos fut aussi romancier de génie : il
composa en dix ans l’essentiel d’une œuvre spirituelle, ambiguë. Il fut le
créateur de Mouchette et du Curé de campagne. Il fut l’homme du
fleuve lumière et du fleuve Satan.
Père de six enfants, voyageur infatigable, Bernanos était
un géant : inquiet, prophétique. Hanté par la toute-puissance de l’Argent,
par « l’horreur polytechnique », il avait pressenti l’angoisse autant
que la violence qui déchirent les sociétés post-industrielles.
C’est ce destin fantasque, méconnu, que nous fait
découvrir Jean Bothorel.