Résumé : Colette
fut la première femme à avoir eu des funérailles nationales. L’Eglise refusa de
s’y associer. Ce mélange de gloire et d’ostracisme marqua presque toute sa vie.
Il reste que, depuis sa mort survenue en 1954, personne
ne doute quelle ne soit l’un des plus grands écrivains féminins.
Elle aurait eu cent ans cette année. Pour marquer avec
éclat cet anniversaire, Margaret Crosland, qui
traduisit son œuvre en anglais, vient de luis consacrer une biographie. C’est
la première jamais parue dans le monde.
Après avoir visité les lieux où Colette a vécu, Margaret Crosland a interviewé son mari, Maurice Goudeket,
sa fille, Colette de Jouvenel, Pauline, qui fut sa gouvernante pendant quarante
ans, ses meilleurs amis et il lui a été possible de redresser de nombreuses
légendes, tantôt flatteuses, tantôt désobligeantes, qui concernaient notamment
sa mère, Sido, et son premier mari, Willy.
De plus, l’étude de la correspondance publiée, ou encore
inédite, de l’auteur de La Vagabonde
a permis à la biographe de projeter une lumière
nouvelle sur les rapports de Colette avec l’orageuse et passionnée Marquise de Belboeuf, avec son second mari, Henri de Jouvenel, comme
avec les hommes ou les femmes de qui elle fut l’intime, au cours de la période
essentielle de sa vie : celle qui suivit son divorce avec Willy.
Le music-hall (Colette stupéfia Paris en dansant à peu
près nue), le journalisme (elle fut correspondance de guerre à Verdun), la
comédie (elle joua le rôle de Léa dans l’adaptation de « Chéri ») verront s’épanouir son
étonnante vitalité. Et puis ce fut la guerre, l’inquiétude perpétuelle sur le
sort de son mari, la maladie qui la clouait dans un fauteuil, - et enfin, les
dernières années animées et troublées à la fois par l’Académie Goncourt, les
honneurs et une gloire sans cesse grandissante.
Inspirée par une sympathie lucide et pénétrante, Margaret
Crosland nous donne, là, la biographie d’une femme de
génie, qui avait hérité de sa mère « le goût des cataclysmes », et
dont l’amour, en dehors de son œuvre, fut la préoccupation dominante. Mais la
passion de l’indépendance le disputa longtemps chez elle au désir d’être aimée,
de sorte que, sans qu’elle l’eût recherché, elle fut un précurseur des
revendications féminines actuelles.