Quatrième de
couverture : Singulière figure que celle de Léonide Pliouchtch
: premier « malade d'opinion » à être arraché aux prisons psychiatriques
soviétiques par une campagne mondiale déclenchée à l'initiative de ses
confrères mathématiciens, à peine libre on le voit lever le poing dans un
congrès national d'enseignants français ; il n'a pas de mots assez durs pour
flétrir la bourgeoisie néo-stalinienne de son pays,
mais il se dit volontiers fidèle aux idéaux du socialisme, ce qui ne l'empêche
pas de respecter et d'admirer Soljenitsyne ; « dissident de gauche », il est
l'un des très rares à reconnaître qu'il a été, dans sa jeunesse, un soutien
dévoué et bien-pensant du régime...
C'est l'itinéraire d'un jeune intellectuel soviétique de la
génération post-stalinienne (il sort tout juste de
l'enfance au moment de la disparition du Guide suprême) que Léonide Pliouchtch retrace ici pour le lecteur occidental : comment
on devient milicien à vingt ans, à partir de quand l'on cesse de « croire »,
combien il est difficile de « ne pas vivre dans le mensonge », à quelle pitance
« culturelle » devrait s'alimenter l'intelligentsia soviétique si elle se
limitait au domaine du « permis », la naissance d'une pensée libre, à quel
point la persécution nourrit la rébellion des esprits, la participation active
à l'immense réseau du « samizdat » et aux luttes des minorités nationales (notamment
à Kiev, dans cette Ukraine « russifiée » où sévit de surcroît un antisémitisme
endémique), enfin la répression psychiatrique, le calvaire d'un homme sain
d'esprit menacé de devenir vraiment fou sous l'effet des drogues, la lutte de
Tania Pliouchtch (ici narrée par elle) pour arracher
son mari aux griffes des médecins-bourreaux - et le chemin de l'exil jusqu'à
Paris où l'ancien détenu n'a qu'une hâte : se mêler aux combats pour la
libération de tous ses semblables...
Mal-pensant en URSS, Pliouchtch l'est
resté en Occident : son non-conformisme ne connaît pas de frontières. Ami des
chansonniers de son pays, il partage leur humour, ce rire tantôt douloureux, tantôt
grinçant, tantôt complice qui s'empare des esprits libres à voir entre redéfiler sous leurs yeux les masques petits et grands de
leur vie dans le « carnaval de l'Histoire ».