Quatrième de
couverture : Les principaux écrits de S.M. Eisenstein ont été
récemment publiés en français et la critique fait preuve d’un regain d’intérêt
pour son œuvre filmée. Jean Mitry consacre son livre
autant au réalisateur qu’au théoricien car peu de metteurs en scène ont autant
médité sur leur art qu’Eisenstein ; ses films sont l’application de
théories précises. Au lieu de se livrer à l’analyse successive de chacun des
films du cinéaste suivant les catégories habituelles, Jean Mitry
examine tout d’abord l’origine de ses théories en survolant les efforts de
renouvellement artistique entrepris en Russie au lendemain de la révolution.
Après quoi il analyse les fondements psychologiques et linguistiques qui
conduisirent Eisenstein aux premiers essais de formalisation du langage
filmique – rythme, montage, relations signifiantes, etc. – n’hésitant pas à le
reprendre sur certains points, à critiquer les excès d’une recherche dont l’essentiel
fut cependant fondamental dans l’histoire du film.
En bref, il s’agit moins d’une biographie ou d’une
critique des films que de l’esquisse de la « psychologie de l’art » -
et des motivations sociales – qui les suscitèrent, l’analyse de certaines
scènes étant introduite qu’à titre d’exemple.
Cette exemplarité conduit l’auteur à l’étude approfondie
des œuvres dominantes, à celles qui offrent de ce système – divers et changeant
– l’illustration la plus claire et la plus rigoureuse : Le cuirassé Potemkine, Alexandre Nevsky.
Reprenant un critique de l’époque, on peut dire que :
« La sévérité à l’égard d’œuvres comme Octobre,
ce refus du politique, dans l’étude d’un cinéaste révolutionnaire, cette
volonté d’élargir la recherche esthétique au-delà de l’auteur et même du cinéma,
auraient été autant d’erreurs s’il ne s’était agi d’Eisenstein. Mais ici elles
deviennent qualités car c’est à sa propre mesure de théoricien qu’est jugé l’auteur
de films ».