Quatrième de
couverture : jeanne a maintenu ses convictions devant des juges qui en
avaient d’autres : la modernité du personnage et de son dossier est là,
dans ses procès, des monuments d’écriture, parfaits modèles de nos procès
politiques.
Jeanne, paysanne illettrée de dix-neuf ans, a été jugée
et condamnée par un tribunal d’Eglise. Pierre Cauchon est un des brillants
intellectuels de son temps, grand commis de la monarchie franco-anglaise. De
cette monarchie, les bourgeois des deux côtés de la Manche et de la mer du Nord
espéraient pour eux-mêmes, la conquête du pouvoir politique. Le paradoxe de la
liberté de Jeanne est qu’elle a imprimé un sceau populaire durable à une
monarchie française qui veut, au contraire, faire l’économie d’une alliance
avec des bourgeois libres, pour devenir absolue.
Les choix de Jeanne se heurtaient à ceux des marchands et
des savants franco-normands : ils l’ont brûlée au terme d’un procès d’opinion.
Politique aussi, le procès en nullité. Politique enfin, le troisième procès d’Eglise,
qui offre une Sainte toute armée à la France tricolore et victorieuse de
Maurice Barrès et du Maréchal Foch.
Mais quels outrages a dû subir encore la personnalité
libre et différente de Jeanne pour servir à cet ultime compromis entre le
pouvoir de l’Etat et une Eglise qui n’avait plus le monopole du savoir ?
Le dossier de Jeanne, rebelle éternellement récupérée, n’est
pas de ceux qu’on classe.
Cet essai s’achève
par les soixante-et-une strophes du poème de Christine de Pisan, les seuls vers
français écrits du vivant de Jeanne et à propos de Jeanne qui nous soient
parvenus.