Quatrième de
couverture : Le curé s’appelait Amourdedieu.
Il était célèbre à vingt lieues à la ronde pour son sirop contre la coqueluche
et parce qu’il dirigeait la fanfare municipale. L’autre pilier du village, c’était
le père Bataille, l’instituteur, anticlérical évidemment. Il portait lorgnon et
se tenait droit comme un piquet. Il avait un « truc » pour nous
apprendre l’orthographe : « Quand vous hésitez, dites le mot en
patois et vous saurez l’écrire en français. » Et puis, il y avait le braconneur. On l’avait surnommé « Loin-du-ciel »
en raison de sa petite taille. A cause de lui, la femme du garde fit une
dépression et le garde donna sa démission…
Mais il y avait surtout l’Albine. Une maîtresse femme que
l’on venait consulter de loin pour soigner un panaris ou pour lui demander des
conseils matrimoniaux. Aujourd’hui, l’Albine marche allégrement vers ses 90
ans. Mais qui mieux qu’elle se souvient des bonnes vieilles traditions d’ici,
du carnaval, des fêtes de la moisson et de la fenaison, des noces au village,
des foires d’antan, des dévotions et des fontaines miraculeuses ? Qu’elle
me pardonne si j’ai commis quelquefois des indiscrétions en racontant ses
histoires, c’est qu’elle savait tout, et les peines et les joies des uns et des
autres.
Les années ont passé. Il y a eu la « drôle de guerre »
et la Résistance mais on en parle encore comme si c’était hier. Et maintenant ?
Bien sûr, ce n’est plus par la bourrique de l’épicier ou par la jument du
boulanger qu’arrivent les nouvelles, mais par la radio et la télévision.
Cependant la petite route du village est restée calme, et, lorsqu’une voiture s’y
aventure, les femmes se précipitent sur le pas de la porte. Bien sûr aussi, on
laboure avec des tracteurs et « au jour d’aujourd’hui, comme dit l’Albine,
la moisson ne dure plus guère que le pet d’un coq ». Mais les
châtaigneraies, les prés et les ruisseaux sont restés les mêmes. Au fil du
temps, je vous invite à les découvrir.