Quatrième de
couverture : Lorsque le général De Gaulle et les autres « pères de la
constitution » de 1958 fondèrent la Ve république, leur intention était de
créer un exécutif fort et stable pour soustraire le gouvernement de la France
au « régime des partis » ou régime d'assemblée antérieur. Mais ils y ont trop
bien réussi, en pulvérisant de fait les autres pouvoirs, le législatif et le judiciaire. Ce n'était pas là trouver la formule d'une
constitution à la fois efficace et démocratiquement équilibrée. Au fil des
années, le pouvoir présidentiel est devenu l'unique pouvoir, dont le
gouvernement lui-même est devenu la simple courroie de transmission. Le
paradoxe est que cette surpuissance présidentielle, à la fois omnipotente et
irresponsable, a débouché à la longue sur le contraire de ce qu'elle était
censée apporter, à savoir l'efficacité. La France a donc perdu sur les deux
tableaux. La critique de nos institutions que présente ici Jean-François Revel
tranche sur les critiques habituelles. Il ne s'agit pas, en effet, à ses yeux,
de savoir si le mandat présidentiel est trop long ou trop court, s'il doit être
renouvelable ou non. Il ne s'agit pas non plus de remettre en question
l'élection au suffrage universel direct, à laquelle les Français sont devenus,
à juste titre, très attachés. Il s'agit de redéfinir le contenu des attributions présidentielles et de les réinsérer dans
un ensemble qui redevienne démocratique, c'est-à-dire qui soit fondé sur le
contrôle mutuel des pouvoirs. C'est qu'il faut s'interroger sur ce que l'on
entend au juste par État fort. Un pays peut très bien, comme en Amérique
latine, avoir un président fort à la tête d'un État faible. Le président fait
exécuter par l'État tout ce qui lui plaît. Mais l'État est en même temps
incapable de résoudre les grandes questions de fond de la société. Sa politique
étrangère même, le trop fameux « domaine réservé », peut s'égarer. Ce pays tombe
lors de l'absolutisme inefficace dans l'anarchie autoritaire.