Quatrième de
couverture : Mars 1918. Dans le Soissonnais, les rescapés du régiment
de Coulommiers s'estiment chanceux : ils ont survécu à 1a boucherie de la
Somme, au massacre du Chemin des Dames aux mutineries réprimées dans le sang.
Aguerris par trois ans de combats, rompus aux violences du sort, ils sont
pourtant loin d'imaginer l'enfer qui les attend ! Ludendorff s'apprête
attaquer. Décidé coûte que coûte à percer la ligne franco-britannique, à
rejeter les alliés vers les ports, et à prend Amiens, ultime bastion avant
Paris, ce n'est pas moins de trois armées, rapatriées de Russie, que le général
allemand déployer sur les plateaux de Picardie.
Inconsciente de la tourmente qui couve à quelques
kilomètres au Nord, et malgré les premières frappes de la gros Bertha, la
capitale vit dans une atmosphère de liesse désespérée. On tape le carton dans
les caves, on swingue dans les boites, on gueuletonne aux meilleures tables.
Mais les Parisiens se réveillent en apprenant que, pour
sauver la ville lumière les poilus livrent la plus meurtrière des batailles
entre Noyon, Montdidier et Amiens. Dans une canonnade où deux cent mille obus
sont tirés à l'heure, six cent mille Allemands ont déferlé sur les soldats de
l'Entente. Alors que les troupes anglaises battent en retraite, que le QG de
Pétain est encerclé, que les villes noyées sous les bombes passent d'un camp à
l'autre, alors que l'issue de la guerre se rejoue à chaque instant, seuls les
hommes du régiment de Coulommiers tiennent leurs positions. Sans le savoir, ils
sont déjà l'honneur de l'armée française : le 5 avril, Ludendorff arrête son
attaque en Picardie.
A l'heure des bilans et du deuil, qu'en est-il des braves
du régiment de Coulommiers ? Suzon la postière reverra-t-elle Jacques, son
promis, ébéniste du faubourg Saint-Antoine ? Reverra-t-elle son frère, Jules,
cultivateur d'Aulnoy, l'as des missions spéciales ? Anatole, l'anarchiste,
versé dans une compagnie disciplinaire et tenu pour disparu, s'en sortira-t-il
vivant ?
Outre le récit panoramique de cette bataille de Picardie
menée au rythme haletant des armées en déroute, l'historien dévoile l'envers du
décor - Saint-Nazaire envahie par trois mille purs-sangs mustangs rendus fous
après la traversée de l'Atlantique, les bas-fonds des Halles où la police
traque les pacifistes, les Grands Boulevards où les aviateurs de chez Renault
se livrent à d'étranges rodéos automobiles. Mais, à la fin, c'est aux derniers
sacrifiés de la débâcle mondiale que Pierre Miquel rend hommage, à ces
enfants-soldats disparus par milliers, ou pire : mutilés, trépanés, gazés,
défigurés, à toutes ces gueules cassées qui, la veille encore, étaient des
bleuets de vingt ans...