Quatrième de couverture : Préhistoriens et
paléontologues s'interrogent sur le moment crucial de l'hominisation, celui non
pas de l'achèvement - l'évolution ne s'arrête pas - mais du franchissement du
seuil au-delà duquel le jeu humain est lancé définitivement. Est-ce
l'acquisition de la station verticale, l'accession à une capacité cérébrale de
700 cm3, la fabrication du premier outil ? Faut-il attendre les manifestations
d'une vie spirituelle: sépulture donnée aux morts, monuments élevés aux
puissances invisibles, épanouissement artistique profondément imprégné de
religiosité ? Historiens et sociologues pourraient chercher ce moment
d'accomplissement plus tard encore, à l'apparition d'une économie de
production, mutation socio-économique vieille de moins de dix millénaires.
La
progression de l'humanité, depuis les pas hésitants d'un primate doué, ne
saurait être conçue comme un déplacement linéaire le long d'un front continu.
Cette irrégularité angoissante du progrès, s'associe à la connaissance de la
mort pour développer en tout temps un pessimisme fondamental.
L'homme
ne cesse de regretter un âge d'or qui n'a jamais existé. Chaque individu garde
au fond du coeur la nostalgie de sa jeunesse, chaque
génération conserve l'image merveilleuse d'une belle époque sinon du bon vieux
temps. Si le passé est paré du charme ineffable du péril dépassé et vaincu, le
futur n'est que menace et source d'inquiétude, car la mort est pour demain.
L'homme
n'est pas naturellement bon ni le progrès nécessairement mauvais. Le jardin
d'Eden est l'image d'un passé enjolivé par une mémoire trop sélective; c'est
surtout une aspiration. Le bonheur, un bonheur qui ne peut être le fruit du
hasard ou de la nécessité, n'est pas derrière nous.