Quatrième de
couverture : « Celui qui voudrait commenter les différents
portraits de Laurent le Magnifique se heurterait à l’impossibilité de fixer
dans une forme stable un être qui s’est accompli, détruit, renouvelé à chaque
instant de sa vie. Le peintre et le sculpteur n’ont jamais atteint que la
surface, incapables de traduire la prodigieuse diversité d’un être qui fut tous
les hommes à la fois, et qui se refuse à toute définition.
« C’est alors que j’interroge le masque mortuaire de
la Columbaria, et à cette unique image je demande la
vérité ; non pas Laurent tel que ce peintre ou cet autre l’a vu, mais tel
qu’il s’est modelé lui-même, en composant son dernier visage sous les mains
lisses de la mort. Je ne l’ai pas quitté du regard, aussi longtemps que j’écrivais
ce livre, et dans les moments où quelque incertitude naissait que les documents
ne résolvaient point, j’ai interrogé ce masque comme pour lui demander une
solution que l’histoire me refusait.
« Celui que la complexité ne rebute pas, et qui ne s’efforce
pas de tout ramener à un unique dénominateur, peut lire en transparence sur ce
masque tous les évènements de la vie de l’homme. Tous les sentiments voisinant,
toutes les passions contradictoires, mais, et c’est en cela que réside sa vraie
grandeur, jamais emmêlées, agissantes et efficaces chacune dans sa propre voie,
sur on propre plan. La grandeur de Laurent vient justement de ce qu’il a porté
à leur plus haut degré toutes les facultés humaines sans les confondre, en les
laissant s’accomplir librement, en n’usant point de ses vertus pour tempérer
ses vices, en ne faisant point de ses forces un contrepoids de ses faiblesses,
mais en étant, au contraire, totalement et sans réserves, chacun des êtres qu’il
était. »
M.B.