Quatrième de couverture : L'activité littéraire de
Proust paraît s'être accomplie parallèlement à ce qu'on pourrait appeler un
travail de réparation psychique interne: écrire pour lui c'était tout autant
élaborer une oeuvre que tâcher de s'ouvrir à lui-même
et c'est bien pourquoi il lui a fallu tant de temps pour accéder à cette
réalité de salut qu'a été à ses yeux la littérature. Or, si dans l'immense chantier
des commentaires proustiens ces aspects sont parfois abordés, ils le sont
presque toujours de façon dissociée. Faisant de Proust un malade ordinaire, les
psychologues (et plus précisément les psychanalystes) finissent par tenir pour
négligeable le travail d'ouverture à soi que, par la rédaction de la Recherche, Proust a accompli sur lui;
et quant aux théoriciens de la littérature, ils se préoccupent peu de la misère
que Proust aurait pu vouloir surmonter par l'élaboration de son oeuvre. Cette misère pourtant est essentielle; car c'est à
condition de la décrire dans toute son ampleur qu'on peut par contre-coup mesurer toute l'immensité du travail de Proust.
Pour avoir à ce point la main heureuse, Proust devait peut-être n'avoir d'abord
la main sur rien, et c'est sur le fond de cette condition délaissée qu'à l'aide
notamment d'une psychanalyse débarrassée de son jargon, cet ouvrage se propose
de restituer les traits les plus saillants de la jubilation proustienne.