Quatrième de
couverture : Une femme, poussée à bout, prend son fusil. Elle monte dans sa
voiture, se rend au restaurant où dîne celui qui l'a abandonnée et veut
l'éloigner de son fils. Posément, elle ajuste et tue cet homme - son mari. Puis
elle attend la police. Condamnée à dix ans de réclusion, Nicole Gérard a été
libérée en 1970, après avoir fait « sept ans de pénitence ». Lorsqu'elle était
en prison, elle s'était juré d'écrire son livre. Le voici. Ce n'est pas
l'histoire d'un fait divers. Nicole Gérard a d'autres choses à dire, qui nous
concerne tous.
Nicole Gérard a côtoyé tous les aspects de cet univers
pitoyable et presque inconnu de la détention féminine. Incarcérée d'abord pendant
trois ans et demie à la Roquette, elle a vu défiler la troupe, souvent
pittoresque, des voleuses à la tire, des prostituées, des « faiseuses d'anges
». Elle a vécu le climat turbulent et sordide de la maison d'arrêt, assisté aux
liaisons homosexuelles qui y prolifèrent, rencontré aussi quelques-unes de ces
grandes criminelles qu'après son procès, elle allait retrouver dans l'austère
et sinistre maison de Rennes, la seule Centrale réservée aux femmes.
Ce monde si différent de la prison masculine, elle le peint
avec une lucidité extrême, avec une émotion profonde, aussi, née du besoin de
comprendre et du sentiment de solidarité qui l'unit, désormais, à toutes les
détenues. Car punir est une chose, humilier, avilir, en est une autre. La
prison, aujourd'hui encore, demeure gouvernée par des règlements rétrogrades,
livrée à une chiourme parfois sadique, à une administration qui ne songe qu'à
se repaître du spectacle de son propre pouvoir. Elle détruit les êtres qu'elle
détient au lieu de les réformer. Bien souvent, elle les restitue à la société
sans leur avoir donné le moindre moyen de s'y refaire une place et,
quelquefois, après les avoir rendu totalement inadaptables.
C'est inhumanité et cette absurdité de notre régime
pénitentiaire, Nicole Gérard les dénonce par son récit même. Et là n'est pas la
dimension la moins frappante de ce témoignage, qui apparaît, tout à la fois,
comme une analyse pénétrante, un document passionnant et, plus simplement, le
livre - sensible, généreux, vrai - d'une femme qui n'a pas cessé, un seul
instant, de lutter pour préserver sa dignité.