Quatrième de
couverture : Le livre de Marguerite Yourcenar commence par le récit d’une
naissance : la sienne. De ce point de départ elle s’interroge. D’où
vient-elle ? Qui fut sa mère, morte presque aussitôt ? Qui fut son
père ? Ces deux familles dont elle est issue, que peut-elle en savoir, à
travers les épaisseurs du temps ? Les souvenirs qui se transmettent de
vive voix, les portraits et les albums de photos, les documents d’état civil et
les archives de notaires, les mémoires et les lettres, les coffrets retrouvés
dans les greniers, les pèlerinages aux lieux d’avant sa vie, mais où vécurent
les siens, tout cela pourrait être vague ou banal ; Marguerite Yourcenar
le trie, l’ordonne, l’interprète, le rassemble en un tableau singulier et
saisissant. Toute la famille de sa mère, tous ces petits aristocrates terriens
du Hainaut, « gens de lignage », serviteurs des princes-évêques
de Liège, châtelains entre Sambre et Meuse, actionnaires de charbonnages, les
voici du lointain XIVe siècle arrivés jusqu’à cette jolie Fernande qui n’était
pas mariée à vingt-huit ans, et vivait à Bruxelles chez une sœur infirme. Voici
maintenant le charmant Michel ; lui n’était plus jeune – quarante-six ans –
il était veuf, il avait une mère tyrannique et riche, un fils de quinze ans, et
il était Français. Tous deux se rencontrent – on les fait se rencontrer – sur une
plage de la mer du Nord, chez une vieille dame un peu marieuse. Fernande
accepte de son prétendant qui ne lui déplaît pas une étrange proposition, du
moins pour l’époque : un voyage de fiançailles en Allemagne, sous le
chaperonnage de la digne Fraulein qui l’avait élevée,
elle et ses sept frères et sœurs. Le voyage réussit, puisque Fernande et Michel
se marient au retour. Ils furent peut-être heureux, et peut-être non :
Fernande mourante souhaitait que sa petite fille échappe au monde, et entre au
couvent.