Quatrième de
couverture : A la question L’Union
soviétique survivra-t-elle en 1984, publié l’année dernière en France avec
une préface d’Alain Besançon, Andreï Amalrik, jeune
historien russe et auteur dramatique répondait par un « niet » sans concession.
Avec un régime de plus en plus bureaucratisé et isolé,
une société immobiliste et de plus en plus travaillée de mouvements nationaux,
avec des masses inertes et une couche moyenne démocratique très mince, Amalrik prévoit en quinze ans la désintégration de l’Union
soviétique.
Ce livre antérieur, qui a paru en russe, mais non en
U.R.S.S., présente une vision apocalyptique, mais confirme les critiques de l’Etat
et de la société soviétique. C’est le compte rendu de sa vie personnelle à
Moscou, espionné par les voisins et surveillé par la police pour ses relations
avec les artistes d’avant-garde et les étrangers, et son exil en Sibérie en
1965 où il travailla comme homme de peine dans un kolkhoze, condamné pour
parasitisme et écrits de caractère « nettement antisoviétique et
pornographique », prétexte largement utilisé pour mettre au pas les
intellectuels dissidents.
Amalrik ne passa que quelques
mois en Sibérie : assez longtemps pour perdre ses illusions sur la vie des
kolkhozes, l’arriération et l’inefficacité des méthodes agricoles, l’apathie et
la passivité de la population paysanne. Contestataire décidé, Amalrik décrit avec un humour détaché et une franchise
exceptionnelle les situations auxquelles il n’aurait pas survécu sous Staline
et les démêlés incohérents avec une police soucieuse aujourd’hui de conserver
les apparences du respect de la loi.
Journal sincère qui n’omet pas « les détails ennuyeux
qui font le plus clair de la vie d’un prisonnier », ce voyage, outre une
description sans fard de la réalité soviétique, constitue le témoignage d’un
type nouveau d’intellectuel russe, qui, frère des grands ancêtres du XIXe
siècle, lutte solitairement contre la bureaucratie, l’arbitraire et l’hypocrisie,
mais ne croit plus aujourd’hui ni à la force de l’action collective, ni à celle
de l’idéologie.